Home » En Français » Adhésion » Une stratégie radicale : la prise de décision décentralisée et les organismes sectoriels de l’avenir

Une stratégie radicale : la prise de décision décentralisée et les organismes sectoriels de l’avenir

Par Simon Forrester et Miles Hoare

Votre association fonctionnerait-elle plus efficacement sans une structure de commandement traditionnelle ?

Au cours des 10 dernières années, les mégadonnées et d’autres grandes tendances telles que les réseaux sociaux, l’informatique en nuage, les communications mobiles, les nouvelles applications analytiques et les algorithmes ont permis aux associations et à leurs membres d’améliorer leurs capacités décisionnelles. Ils offrent des conclusions plus rapides et meilleures, ils fournissent un accès instantané aux données financières, ils livrent des avis sur les problèmes concernant le secteur qu’ils servent et ils facilitent même l’élaboration de politiques virtuelles via des forums en ligne.

Nous nous excusons auprès de ceux d’entre vous qui n’ont pas encore adopté ces innovations – c’était hier ; l’association de demain n’a peut-être pas de structure décisionnelle officielle pour les bénévoles. Plutôt que le rôle traditionnel d’association qui consiste à essayer de diriger les masses, pourquoi ne pas laisser les masses nous diriger ? Certains organismes adoptent la décentralisation et il se peut que le modèle traditionnel des comités dirigés par des bénévoles ne soit plus qu’une façade. En tant que responsable d’association traditionnelle, vous pouvez soit vous frotter les mains, soit frémir à la pensée même.

(c)ISTOCK.COM/JESUSSANZ

On dit depuis longtemps que les choses décidées et disséquées par les groupes peuvent souvent « devenir un chameau » (le cheval proverbialement conçu par un comité) — et beaucoup de choses peuvent être dites à ce sujet quand il s’agit de conseils d’associations professionnelles. Alors que les dirigeants des associations font de leur mieux pour sentir les vents dominants et prendre des décisions proactives, ils sont souvent déçus par des individus imbus de leur personne ou non qualifiés, par des processus décisionnels fastidieux et lourds qui ralentissent les progrès et par la pénurie de renseignements commerciaux due à des réseaux limités.

Pour ceux d’entre nous qui ont la chance de travailler dans le cadre de modèles de gouvernance rationalisés (et les recherches ponctuelles montrent qu’il s’agit d’un faible pourcentage), le doute persistant que nous sommes fortement engagés avec une minorité de membres (c’est-à-dire ceux qui choisissent de se joindre à un comité) pèse toujours lourd. Que faire si nos bénévoles ne sont pas représentatifs ? Et si nous étions dominés par quelques grandes gueules remplies d’elles-mêmes ? Le danger réside dans le fait de prendre des décisions sur la base d’un échantillon restreint et non représentatif (ou carrément biaisé). Bien qu’il existe des outils pour recueillir les points de vue de l’ensemble des membres, cette méthode est actuellement lourde — elle peut, en fait, ennuyer et aliéner les membres en raison de la lassitude des sondages.

Pour les membres de l’association, cela peut parfois être une petite frustration ; mais quand il s’agit de tirer le meilleur parti de votre entreprise et de pouvoir compter sur une association sectorielle pour être à la pointe du progrès, cela peut signifier la différence entre battre la concurrence ou perdre la partie.

Alors, comment les associations sectorielles peuvent-elles être plus agiles et mieux adaptées aux changements ? Comment peuvent-elles agir dans l’intérêt supérieur de leurs membres? Eh bien, jusqu’à tout récemment, c’était une tâche difficile — jusqu’à ce que naisse le concept de l’Organisation Autonome Décentralisée (OAD).

QU’EST-CE QU’UNE OAD ?

Comme le dit son nom, c’est une organisation qui n’a pas de pouvoir central et qui est gérée de façon autonome et sans gouvernance. Le concept de « réseaux autogérés » utilise un ensemble complexe de « contrats intelligents » et permet l’échange autonome de contrats, d’informations, de paiements et de règlements via un réseau décentralisé de systèmes informatiques. Les décisions sont prises par des participants au réseau appelés « nœuds de vote », qui sont des parties prenantes capables d’orienter les changements au sein du réseau d’une manière démocratique.

L’utilisation la plus populaire de cette forme de structure organisationnelle est Bitcoin. Celle-ci a prouvé que vous pouvez gérer une organisation de base via un système décentralisé sans avoir besoin de tiers de confiance. Cela signifie que les individus n’ont pas besoin de connaître ou de faire confiance aux autres individus du réseau, mais simplement d’accepter les règles intégrées au système pour être en mesure de conclure des contrats. Comme les règles ne peuvent être modifiées sans une décision majoritaire des nœuds de vote, personne n’a besoin de faire confiance aux autres parties, car elles ne peuvent agir en dehors des règles du réseau.

Le réseau peut fonctionner, même si chaque acteur agit dans son propre intérêt. En fait, cette dynamique rend le réseau possible et permet d’aligner les incitatifs avec les actions positives, sans recourir à la centralisation et à des tiers comme les conseils ou les comités. Ainsi, plutôt que de confier le pouvoir à quelques membres du conseil d’administration qui peuvent prendre des décisions dans l’intérêt de l’association (ou, dans bien trop de cas, dans leur propre intérêt), cela signifie que personne ne peut entraver ou piller le groupe si tout le monde n’accepte pas ces règles et décisions de l’organisation.

COMMENT CELA FONCTIONNE-T-IL DANS LA PRATIQUE ?

Dans le cas d’une organisation, chaque participant au réseau devrait s’entendre sur les conditions contractuelles avant de devenir membre du réseau. Par exemple, une cotisation est versée dans une caisse centralisée, et l’organisation peut ensuite voter pour approuver certaines dépenses, redonner aux membres sous forme d’actifs numériques (surmontant ainsi la question de la « société limitée par garantie ») ou servir de monnaie d’échange pour d’autres produits et services.

Le réseau se développe sur la base de propositions. Dans le cas d’une OAD, les propositions peuvent provenir d’un organisme centralisé — le PDG et le personnel administratif — ou elles peuvent être soumises par les membres eux-mêmes.

Ces propositions sont ensuite mises aux voix à l’aide de la même technologie de registre blockchain qui fait de Bitcoin un réseau de paiement sécurisé et fiable.

Les paiements entrants et sortants de l’OAD peuvent alors être retracés dans un registre privé (réservé aux membres) ou dans le registre public. La vérification exige la présentation de l’état du grand livre pour une période comptable, et toute donnée sur les membres recueillie par le système pourrait faire l’objet d’un rapport statistique annuel.

Grâce à des contrats intelligents, ces processus peuvent être automatisés, éliminant en théorie le besoin de conseils d’administration et le favoritisme.

Et si l’idée que les membres se donnent la peine de répondre à toutes les questions sur l’orientation future de l’organisation vous effraie, cela a été pris en considération aussi. Au lieu de voter pour chaque action, les membres peuvent simplement faire part de leurs préférences générales à un agent d’intelligence artificielle (IA). Des milliers de microdécisions peuvent alors être traitées de manière autonome par les acteurs de l’IA du réseau.

QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE POUR LES ASSOCIATIONS ?

Ce ne sera pas seulement un bouleversement pour les associations, mais pour le fonctionnement du monde. Il suffit de regarder le projet de « société décentralisée » de Johann Gevers ou la ville japonaise de Tsukuba pour voir comment des systèmes peuvent être intégrés dans des cadres contractuels décentralisés.

Cela signifie que les gens auront à nouveau le contrôle sur la façon dont les connaissances, les services et les produits seront vendus et échangés. Cela se fera par la volonté des participants votants. S’il y a une révolution dans les 10 prochaines années, elle ne se fera pas dans la rue. Elle émanera des chambres des mordus de l’informatique avec des idéaux libertaires, créant une nouvelle forme de capitalisme sans fraude et sans corruption. Une société fondée sur la démocratie directe. Cela sonne peut-être le glas des conseils d’administration, des comités, mais aussi des PDG d’association.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*