Home » En Français » Direction » COVID-19 : diriger, apprendre et voir le bon côté
ISTOCK.COM/MARTIN-DM

COVID-19 : diriger, apprendre et voir le bon côté

By / Par Rozalyn Werner-Arcé, CAE

Je serai la première à admettre que je n’ai pas bien compris l’impact que la COVID aurait au Canada. Après tout, la grippe n’était-elle pas plus mortelle ? Peut-être la COVID n’affectait-elle que les bateaux de croisière. Au fil des bulletins de nouvelles, la tension a commencé à monter. Therapeutic Recreation Ontario (TRO) a continué à planifier ses événements du printemps, mais mon intuition me disait qu’ils n’auraient jamais lieu. Le 11 mars 2020, j’étais à Toronto pour une réunion avec le gouvernement. J’ai dû expliquer mon écoulement nasal par mes allergies. Nous avons tous ri nerveusement. C’était étrange.

Le 12 mars, le gouvernement provincial a prolongé de deux semaines le congé scolaire. C’était le premier signal d’un grave problème. Et puis c’est arrivé. Le 17 mars, le gouvernement de l’Ontario a déclaré l’état d’urgence. En quelques semaines, le pays tout entier se voyait confiné. Ce n’était certainement pas dans mon plan de gestion des risques.

Nous avons vite compris que nos événements des prochains mois seraient mis sur la touche :

•   La journée de sensibilisation à Queen’s Park a été annulée.
•   L’atelier du 24 avril, annulé aussi.
•   Enfin, nous nous avons dû contremander notre conférence annuelle, prévue du 24 au 26 juin au centre de congres Nottawasaga.

TRO est une petite association avec peu de réserves. Nous comptons beaucoup sur les recettes de nos formations et conférences. Si le centre de congrès nous avait obligés à respecter le contrat, nous aurions été acculés à la faillite. C’est bien le genre de problème qui me cause de l’insomnie.

C’est alors que tout ce que j’avais appris sur la direction d’une association est entré en jeu. TRO représente plus de 1 800 récréothérapeutes, dont des praticiens, des éducateurs et des étudiants. Nous avions l’occasion de montrer la voie et de soutenir nos membres. En effet, c’était pour nous l’opportunité par excellence de relever le défi.

Un plan de continuité des activités a commencé à prendre forme. Nous savions qu’il était important de faire participer les membres, de leur faire savoir qu’ils n’étaient pas seuls et que nous étions là pour les soutenir. Le 31 mars, nous avons lancé notre premier TR Talk Tuesday, qui s’inspire des mardis-causerie de la SCDA. Nous avons axé la discussion sur quatre questions :

1.   Quels programmes avez-vous lancés en réponse à la COVID ?
2.   Avez-vous eu des problèmes dont vous souhaitez discuter avec le groupe ?
3.   Avez-vous eu d’agréables surprises ?
4.   Qu’on fait les gens pour prendre soin d’eux-mêmes ?

Il a suffi d’une seule intervenante pour casser la glace et démarrer la discussion. Le partage des expériences a été une source d’inspiration. Je n’ai pas pu m’empêcher d’être impressionnée par la résilience de nos membres, en particulier celles qui travaillent dans des maisons de soins de longue durée. Nous avons enregistré chaque téléconférence, les avons mises à disposition sur le site Internet et avons transcrit des notes, qui ont été partagées avec l’ensemble des membres. Nous avons organisé des mardis-causeries pour les membres qui travaillaient dans différents secteurs : certains mardis, nous avons même eu deux téléconférences ! Dès le début, nous avons décidé d’ouvrir nos téléconférences aux non-membres.

Le passage au virtuel était une nouvelle façon de travailler pour les récréothérapeutes. Nous savions que nos membres allaient avoir besoin d’accéder à des ressources, alors TRO a créé une bibliothèque en ligne. Nous avons invité les membres à partager des ressources et pris connaissance de conseils et d’outils utiles grâce à nos mardis-causerie, et bientôt nos partenaires et alliés ont commencé à nous transmettre des informations ! La bibliothèque est devenue une ressource précieuse. Là encore, nous avons jugé utile de la rendre accessible au public.

Tout au long de cette pandémie, nous avons cherché les bons côtés – après tout, quelque chose de bon doit sortir de toute cette horreur. Les récréothérapeutes forment la plus méconnue des professions de la santé. Nous avons donc créé des infographies, telles que « Des choses amusantes et pertinentes à faire à la maison pendant la COVID-19 ». Bientôt, nos homologues provinciaux les ramassaient et les partageaient dans tout le pays.

La COVID-19 nous a permis de nous concentrer de manière inattendue sur trois de nos quatre domaines stratégiques prioritaires (engagement des membres, communication et plaidoyer).

Comme la plupart de nos membres travaillent dans le secteur des soins de santé, peu ont perdu leur emploi, mais certains ont vu leur revenu baisser. Nous les avons donc informés que nous pouvions les aider s’ils avaient besoin de reporter leur cotisation ou d’établir un calendrier de paiement. Heureusement, le renouvellement de nos membres est resté raisonnablement stable jusqu’à présent.

Notre plus grand réservoir de membres potentiels est constitué par nos membres étudiants. Lorsque les 11 établissements d’enseignement en récréothérapie ont annulé leurs stages, les étudiants risquaient de ne pas obtenir leur diplôme et de ne pas pouvoir s’inscrire auprès de TRO à la fin de leurs études. TRO a donc dû se montrer souple. Nous voulions être à l’écoute des étudiants, mais en même temps, nous ne voulions pas nuire à l’intégrité de la désignation volontaire. En collaboration avec nos partenaires de l’éducation, nous avons réussi à trouver un compromis raisonnable.

Nous avons également prolongé les délais de notre programme de rabais pour la transition des étudiants. Au cours d’une année type, nous offrons aux étudiants diplômés une réduction de 50 pour cent sur l’adhésion à la catégorie professionnelle qui expire le 31 août. Sachant que de nombreux étudiants n’achèveront pas leur stage avant la fin de l’automne 2020, nous prolongeons la remise de transition jusqu’en décembre 2020.

Dans l’ensemble, la communication avec nos membres a augmenté de manière significative. Jusqu’à la crise COVID-19, nous communiquions avec nos membres par le biais de notre bulletin électronique toutes les deux semaines et de nos réseaux de médias sociaux. Pour certains membres, c’était même trop souvent. Aujourd’hui, pour les tenir informés de nos initiatives, nous communiquons souvent avec eux deux fois par semaine – et aucun membre ne s’est plaint à ce jour.

Rétrospectivement, nous avons eu de la chance que notre événement à Queen’s Park soit annulé. Ce que nous aurions dit et fait en mars était très différent de ce que seront nos messages en septembre, à commencer par la rémunération en cas de pandémie.

Bien que bien intentionnée, la mise en œuvre par le gouvernement provincial n’a pas été bien réfléchie. Les récréothérapeutes travaillent dans de nombreux domaines, notamment les soins de longue durée et les maisons de retraite, les hôpitaux, la réadaptation, la santé mentale, les dépendances, et les handicaps, tant dans les établissements que dans les programmes communautaires. Ils sont un personnel essentiel dans les établissements de soins de longue durée ; ils veillent à ce que les résidents vivent une vie qui a un sens et un but. Beaucoup ont travaillé dans des conditions très difficiles, notamment en travaillant dans des unités COVID-19 et en portant des EPI. À l’exception de ceux qui travaillent dans le secteur des soins de longue durée, ils n’ont pas été inclus dans la liste des personnes admissibles à la rémunération en cas de pandémie. Nos membres étaient dans le tumulte, et à juste titre. Ils se sentaient méconnus et sous-estimés par le gouvernement provincial. TRO a immédiatement lancé une campagne de sensibilisation. Nous avons créé un modèle de lettre pour que les membres puissent écrire à leur propre député provincial et raconter leur histoire. En plus de nos propres efforts, nous avons tendu la main à nos alliés et leur avons également demandé leur soutien. Notre travail acharné a été récompensé quelques semaines plus tard par la publication d’une deuxième liste de professions admissibles à la prime temporaire liée à la pandémie, liste qui comprenait nos membres.

Nous sommes sur le point de lancer une autre campagne pour réclamer des ressources supplémentaires dans les maisons de soins de longue durée. Ces ressources serviront à gérer les visites familiales qui ont été annoncées dans la première phase de la réouverture de la province. Si les visites sont une bonne nouvelle pour de nombreux résidents et familles, elles représentent un travail accru pour le personnel chargé de les coordonner. Dans une résidence, ils sont chargés de coordonner 400 visites familiales !

En ce qui concerne notre conférence, le Nottawasaga Resort a été un excellent partenaire et a travaillé avec nous pour trouver d’autres arrangements. Nous sommes en train de préparer une conférence d’automne en ligne. Nous avons assisté à tous les webinaires et lu tous les articles sur les réunions virtuelles. Nous avons demandé l’avis de nos collègues sur Associations Connect et avons glané un maximum d’informations de toutes les sources possibles. Comme tout le monde, nous explorons de nouveaux horizons et prenons les meilleures décisions possible en fonction de ce que nous savons sur le moment. Nous serons bien placés si nous sommes obligés d’organiser une conférence en ligne en 2021.

Nous nous sommes frayé un chemin à travers des règlements périmés et une législation archaïque. Nous avons appris comment tenir notre première assemblée générale annuelle virtuelle, qui a eu lieu le 24 juin ! Je suis très reconnaissante à tous mes collègues de la SCDA qui ont partagé leurs meilleurs conseils et leurs connaissances pour nous aider à aller aussi loin.

Je suis très fière de la façon dont notre petite, mais puissante, équipe a relevé les défis. Le conseil d’administration et le personnel ont assuré une direction efficace à nos membres, ont été attentifs à leurs besoins et ont fait preuve d’adaptabilité et de résilience. Pourtant, malgré tous les efforts de sensibilisation, les outils et les ressources, la chose la plus marquante que nous ayons faite a été de féliciter publiquement nos membres. Un remerciement aux récréothérapeutes publié sur tous nos canaux de médias sociaux a suscité le plus grand nombre de réactions. Les membres ont été touchés d’être remerciés, comme en témoignent des commentaires tels que « Vraiment. En 19 ans, je ne nous ai jamais vus reconnus. Ça fait chaud au cœur ». On ne doit jamais sous-estimer le pouvoir de la reconnaissance.

Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, nous devons tous apprendre à vivre avec de nouveaux degrés d’incertitude. Du côté positif, la COVID-19 a mis en lumière de nouvelles capacités dont beaucoup d’entre nous ne savaient pas qu’elles existaient. Nous avons relevé le défi et découvert de nouvelles compétences et de nouveaux atouts. Le moment est venu pour nous tous de diriger nos membres, de réfléchir à nos enseignements et de tirer le meilleur parti des points positifs.            

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*